Je flâne devant les stands en attendant qu’il se passe quelque chose. Les huîtres sont ouvertes, prêtes à être dégustées.
Le monde commence à arriver, mais je sais que ce ne sera jamais aussi dense ni aussi intense qu’à Dunkerque. C’est un peu comparer un pain de campagne artisanal à un morceau de pain blanc d’une industrie boulangère quelconque. C’est assez ennuyeux, et mon poste aux huîtres plates m’isole encore plus qu’à l’ordinaire. J’entends rire, mais je ne sais pas pourquoi, trop loin et trop sourde. C’est frustrant, c’est solitaire, c’est même chiant parfois.
Alors puisque je suis à contre courant du rythme des autres, j’ai de moins en moins de mal à disparaître. Si on me cherche, on saura me trouver. Si on devine mon absence. La discrétion n’est pas toujours un talent.
Je flâne et je regarde les étals. Il y a de tout. Mais nous sommes dans une ville riche, où l’argent transpire, où les baskets sont à paillettes discrètes, où le strass n’existe que par mauvais goût, on lui préférera le diamant ou l’astrakan. Oui, j’ai vu un manteau d’astrakan, sur les épaules d’une jeune fille blonde et bien maquillée, j’ai cru halluciner. Ça m’a donné envie de chercher la définition d’astrakan, et j’me suis sortie tout aussi abasourdie et un peu dégoûtée. Et ma grand mère en avait un, et mon grand père avait une toque qui lui allait bien.
Sur les tissus bleu marine, l’or et l’argent sont mis en valeur. Quelques étoiles pour faire briller tout ça, aucune trace de doigt sur l’argent poli, sur l’or étincelant.
Il me propose de me choisir un bijou. Je ne dis jamais non à un bijou. Mais enfin si.
Soudain je m’aperçois qu’il y à des bijoux qui ne sont pas pour moi. Ils sont à ma portée ceux là, une gamme moyenne, un peu passe-partout, mais ici, on cumule, on additionne, on porte un semainier autour du cou.
Il y a des chaînes fines, longues, fragiles. Il y a des pendentifs ronds, en volutes, en emporte-pièce, du cuir qui se met autour du poignet, faussement rebelle, vraiment entortillé, plein de brillants, le côté voyou des quartiers huppés.
C’est joli, oui, sur les autres. Je crois que ça ne me va pas. Un bijou peut il ne pas aller? Oui, il peut. C’est l’éléphant dans le magasin de porcelaine, la baleine sous le caillou, l’improbable aurore boréale au dessus de l’Atlantique.
Mes gants de caoutchouc, le couteau dans ma poche, les bottines aux semelles épaisses, rien ne va avec l’or ciselé, l’argent brillant, la délicatesse qui fait tout mon charme!
C’est en vain que je chercherai des bijoux touaregs, plus bruts, plus gros, ou plus lourds. Des bijoux solides, qui résistent au désert, aux défenses d’éléphant, aux bosses du chameau. Aucune de ces guirlandes de Noel n’a d’histoire, aucune de ces étoiles ne fait rêver, j’ai fini par trouver une écuelle en bois, poli aussi, doux sous les doigts, un bol, un plateau, un plat que tu poses sur un meuble, dans lequel tu mets tout et n’importe quoi, mais qui a été travaillé par des mains humaines, raboté, bosselé, passé à la lime, tordu ou redressé, habillé d’huile de coude, enduit du miel qui coule du soleil.
Je déteste le superficiel.
Tu sais ce que j’ai répondu au gars (qui accessoirement atterri avec son jet privé en Bretagne) qui nous disait qu’en Bretagne on ne vivait pas dans la réalité, parce qu’on avait pas de noirs, ni de migrants, ni de réfugiés, ni de Sdf, ni de clodos, ni ni ni…je lui ai répondu que c’est pour ça qu’on allait au Sénégal, pour chercher des noirs. Non, mais c’est se foutre de la gueule de qui franchement? Tu la chauffe toute l’année ta piscine?
J’ai acheté une cuillère aussi. De celle qui ramasse à la pelle. Une grande, pour plein de gens, une belle portion à servir, le plat sera si large, si imposant. Il y en aura pour tout le monde, avec ou sans argent.

Ma mère avait un grand manteau noir en astrakan, au col haut quand on le lève
Je l’ai porté un hiver, j’avais 35 ans, j’étais amoureuse, il était ébloui de me voir là dedans et la petite neige de Noël tombait sur mes épaules de fourrure.
Je l’ai trimbalé partout ensuite, pauvre loque lourde d’un autre siècle, et dernièrement ( je ne le mettais plus, et puis ici, alors non au sec…) je l’ai jeté enfin donné, quelque part. J’ai oublié.
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Je n’ai pas dit dans le texte ce qu’est l’astrakan. C’est la peau d’un agneau tué à moins de 3 jours, voire dans le ventre de sa mère …
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Je retente…
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yep, ça a marché ! J’ai effacé toutes mes coordonnées pré-enregistrées et j’ai recommencé. Et voilà, mes coms passent. Enfin !
J’aime bien l’image de la cuillère qui ramasse à la pelle…
Bises de la Chriss
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