Un rêve 

Chers amis

Je suis partie en vacances, parce qu’il le fallait. Les bagages ont été rapides à faire et je n’ai prévenu personne. Ici, je peux poser mes valises dans un placard et les oublier. Il y a un téléphone filaire, et la wifi si je veux, mais je ne veux pas encore. 

Sur le petit bureau éclairé par la fenêtre du jardin, il y a du papier et quelques crayons. Ce qui me permet de vous écrire, car au départ, je ne voulais plus penser à rien., et je n’avais rien prévu.

 Je me suis laissé prendre. 

Je ne sais pas exactement quand, peut être quand la voiture s’est logée dans le garage, ou bien quand j’ai passé le pas de la porte, et qu’elle s’est fermée derrière mois, laissant dehors tout ce qui ne me convenait pas. Ou bien quand j’ai trouvé ma place dans le grand canapé gris clair. Lui aussi donne sur le jardin, et même une terrasse. Une grande terrasse. Tu sens qu’ici, on peut accueillir pas mal de monde, une famille, ou bien deux ou trois couples. J’imagine que parfois, les parents de grands ados peuvent être contents d’avoir des tables assez grandes pour que chacun y fasse son petit coin. 

Les fauteuils sont à géométrie variable. On est en plein hiver alors j’ai approché le plus profond du poèle. Il chauffe bien celui là. Le petit bois était prêt, et quelques bûches aussi, pour se sentir vite à l’abri. Les tapis font des tâches de couleur. 

Je n’ai envie de rien faire. Je suis au bout du rouleau. En parlant du rouleau, je suis à 5minutes à pieds de plusieurs plages. Des petites et des grandes. Désertes en cette saison. Et puis je peux marcher. Je peux marcher sans m’arrêter sans faire demi tour. Je peux partir et revenir aussi. 

Le ciel est changeant, je n’arrive pas à savoir s’il fait vraiment beau ou vraiment pluie. C’est la surprise chaque matin, il faut être polyvalent en terme de vêtements. Il y a des pulls en haut d’une armoire, des plaids et des couvertures si jamais. 

Mais dans le garage il y a aussi des chaises longues. Et un parasol. 

J’ai l’impression que je pourrais vivre ici mille ans. Que je n’ai besoin de rien de plus. 

Il y a même de quoi écouter de la musique. Assez fort si je veux. Une télé que je n’ai pas encore allumée parce qu’il y a trop de livres à lire d’abord. Quelques bandes dessinées. 

Dans la cuisine j’ai trouvé un pain, et la recette pour le refaire. Je n’ai jamais fait de pain de ma vie, c’est peut être l’occasion dre m’y mette. Sentir sous la paume de ma main, le moelleux tiède d’une pâte à pain. Comprendre le sens des mots pointer ou lever, ou fraiser. Ici, je sens que je peux revenir aux bases et retrouver la saveur, le sens de la vie. 

Je n’ai pas allumé la radio non plus, car je crois que les nouvelles ne sont pas bonnes. Les nouvelles ne sont jamais bonnes. Il est un monde où je vis, que je ne veux pas laisser à mes enfants. J’ai l’impression d’un retour en arrière. Comme si chacun se détournait de l’autre pour s’enfermer, comme si la peur de l’étranger empêchait d’avancer, comme si l’on ne devait plus voyager pour ne pas en crever. 

Pourtant j’ai vu une mouette se poser sur le mur en pierre, il y a des choses immuables qui rassurent. Le soleil se lève encore chaque matin. Jusqu’à quand’? 

Alors tu vois, chers amis, pourquoi je suis partie. Me retrouver, et savoir où je vais, vivre dans un environnement non agressif, où tout est doux à l’œil, agréable au coeur. 

Je ne t’ai pas parlé de la grande photo dans le salon. Les murs sont blancs en majorité, et sur celui qui fait le pignon ouest, il y a une photo de nature, un grand paysage. J’ai l’impression d’une fenêtre sur un champ comme si j’allais voir apparaître une vache. 

C’est un peu ça le miracle.

Ici, tout redevient possible, parce que l’on a l’essentiel à se nourrir l’âme. 
Édit de la traductrice ! 

Ce « je » n’est pas moi. Ceci est fiction.  Le canapé gris clair n’est pas encore dans la maison !! Et je ne suis pas au bout du rouleau, mais il peut arriver que je le sois ou quelqu’un d’autre et cette maison sera làpour ça ! 

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