L’écriture change, te dis-je. Tu veux en savoir plus.
Ce n’est pas tant l’écriture que les doigts. Les nerfs au bout des doigts. Le cerveau qui dit aux nerfs. Les impulsions. Ce sont elles, les différentes. Celle qui t’écrit est désillusionnée et il lui faut se réparer.
Il lui arrive de battre la campagne. D’un coup de tête, elle bat. Tout lui devient insupportable. Qu’untel lui dise gris alors qu’elle veut blanc ou noir, qu’un autre lui dise peut-être, alors qu’elle veut avec certitude. Qu’on lui dise que c’est un rêve et qu’un rêve ne se réalise pas, et elle devient une bête, capable de mordre.
Ne tue jamais un rêve.
L’insaisissable est réalisable. Elle l’a appris un jour, un jour où tout était impossible, impossible entends tu. Elle a renversé la montagne, elle a marché sur l’eau, elle a traversé le ciel, elle a respiré dans l’eau. Alors, merde, pourquoi tant d’obstacles encore?
Son talon d’argile se fendille sur la vase, s’aplatit sur la roche, la fait tituber dans le sable, avant de s’engloutir dans ses doutes.
Elle se réveille parfois le matin, avec une arme à la main. Personne ne pourrait lui tenir tête ses matins là.
Ou bien, elle ne peut se défaire de la couette, le poids de son dos, de sa tête, de ses pensées moroses, l’empêchant de soulever la moindre paupière, même pas le plus beau des rayons du soleil.
Ces matins là, elle ne voit plus rien.
Elle sait bien pourtant qu’un mot après l’autre peut faire disparaître les nombreux maux du rien. Le rien à faire, le rien du tout, le rien de rien, le rien à foutre, le rien n’y pense, honni soit.
Le feu brûle dans l’âtre, le chou pleure, le chien panier, le chat canapé, le journal ouvert, et le cœur serré.

Les cris changent avec le temps, alors.
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Qu’ils se taisent.
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