Il y a un peu plus de cinq ans, j’ai découvert la haine à mon endroit. C’est étrange, parce que cette haine est venue quand j’ai aimé trop. J’ai aimé trop quelqu’un d’autre au point de quitter celui qui m’a offert sa haine, à défaut, cette haine qui m’a mise à l’envers.
C’est difficile, pour quelqu’un qui a majoritairement été plus aimée que détestée. Au pire, l’indifférence. À vivre, l’indifférence, c’est moyen aussi, aussi interloquant que la haine.
Depuis 5 ans, je fais donc, avec la haine d’une personne que j’ai aimée, avec qui je partage trois enfants, le fruit de notre amour, comme on dit.
Les fruits sont magnifiques, mais depuis longtemps l’arbre est mort.
Etre haïe, c’est être salie. On viole ton coeur, on le broie, on le déchiquète à petits bouts, soigneusement. On essaie de l’assécher. D’enlever tout espoir. Je crois n’avoir jamais haï quelqu’un, de n’en avoir jamais pris le droit. J’offre mon indifférence, mon mépris, mon dégoût, ma répulsion, mais la haine, je ne sais pas vraiment ce que c’est.
J’ai l’image d’une seringue plantée qui aspire la vie, l’espoir. J’ai l’image d’un corps exsangue. Un corps de camp de concentration derrière un barbelé. Il reste alors les yeux, immenses et brillants. Ou bien éteints. Ça fait ça la haine, ca éteint la lumière, ça donne de l’ombre au soleil, ça fait la nuit en plein jour.
Il y a tellement de haine autour du monde. Elle existait sans doute avant, mais depuis qu’elle m’a touchée, je la reconnais. Je l’identifie. Elle se niche dans les yeux bleus d’une femme blonde, elle se pare de belles couleurs pour faire croire que l’on peut vivre avec, qu’elle ne déparera pas ton salon, ton foyer, ta famille. Elle est diabolique.
Je la reconnais dans la grimace d’un homme puissant, élu par un peuple aveuglé, son rictus. La haine peut ressembler à la vengeance, à la hargne. La haine hargneuse qui se propage comme des cellules cancéreuses qui font leur chemin jusqu’à la mort.
La haine n’est pas loin de la mort n’est ce pas? Puisqu’elle empêche de vivre, elle cache ce qui est beau, elle le couvre d’un manteau noir.
Depuis cinq ans que je vis quotidiennement avec la haine, il a fallu me faire un bouclier, un bouclier de tendre, un bouclier de caresses, de sourires, de baisers. Un bouclier d’amour. C’est con, ce que je dis, mais depuis que l’on me hait, j’aime mieux. Je dis je t’aime, j’enserre, j’embrasse, j’amour de près comme de loin.
Et pourtant, ce n’est pas facile tous les jours. Je me lève avec la sensation que je vais prendre des coups. J’ai alors l’envie de rester au lit. Et puis, j’essaie de croire qu’il va se passer quelque chose de bien. Même si je ne le vois pas, pas tout de suite. Dans la graine, on ne devine pas la fleur, et pourtant un jour elle éclôt. Ça peut être infime. Une couleur, une matière sous tes doigts, un goût qui dure comme un parfum, un frémissement, comme le jour où tu devines le printemps.
Tous les jours tu te lèves en pensant au perce-neige. Il est caché, invisible, et puis.
C’est là, comme dans les yeux de ton fils un jour qu’il te regarde, comme dans les bras de ta fille, chaque soir qu’elle est là, comme dans le rire, non, le gloussement de ta fille, celle qui t’a rendue mère, que se trouve l’essentiel.
La haine existe. Elle est partout. Mais l’amour aussi.

Je ne connais pas personnellement, mais je le vois ailleurs et c’est très bizarre.
C’est une maladie, les couples qui se détestent séparés, les mêmes qui ne voulaient plus être ensemble, par exemple. Il y a un truc pathologique.
Ce qui est formidable c’est quand un des deux refuse la maladie, refuse de diffuser les injures, a la force de ne pas répliquer systématiquement.
Tu le sais, je dis toujours que ce qui se passe entre les adultes est une chose, qu’elle soit très moche c’est leur affaire, mais l’important c’est l’impact sur les enfants.
Les deux filles que nous avons gardé tout l’hiver en Auvergne souffrent terriblement de la relation épouvantable de leurs parents ( séparés depuis 8 ans !, la petite en a 9…). C’est un crève-coeur de voir cela.
C’est impensable pour moi de tomber si bas, de ne pas se « tenir » pour le bien des enfants.
Il faudrait des maisons de la discorde, des lieux secrets où père et mère pourraient hurler leur haine, leur dégout, leur colère…puis soulagés…retourner vers les enfants débarrassés de ce poison.
J’aimeJ’aime
Oui crève cœur. Mais on se cache rassures toi. Enfin moi. Parfois je leur dit quand même. Mais sans haine.
J’aimeJ’aime