Défectible

J’ai découvert hier, le lendemain de l’élection, que je n’avais pas voté comme mes parents. Ou que mes parents n’avaient pas voté comme moi.

En soi, rien de grave. Rien d’important.

Mes parents n’ont pas voté comme ils nous l’ont appris pendant des années, comme ils l’ont fait à contrario de leurs propres parents quitte à subir leur opprobre, ils n’ont pas voté à gauche.

Cette élection fait du chemin dans ma tête, mes neurones, mes fibres. Elle trace son passage, elle élague.

D’aucun pensent ici que je mets dans cet investissement une partie d’une colère qui n’a rien à voir avec l’élection. D’aucun pensent donc, que si je m’agace contre un candidat qui n’est pas le mien, c’est mon émotion qui parle, et non pas ma raison. Penserait on donc, que je m’emporte juste par l’hysterie qu’une femme peut donner en spectacle? Pense t-on donc, que mes arguments ne valent pas tripette parce que je suis en colère contre le mauvais temps?

Je découvre que je n’ai pas voté comme mon père, ni sans doute comme ma mère.

Mon père qui pariait une caisse de bouteille de champagne avec un oncle de droite pour un résultat d’élection.

Mon père qui a été suppléant d’un candidat de gauche à la députation dans les années 90 dans le Finistère. Noir, en plus. De quoi vraiment fâcher.

Mon père qui a été maire des années durant, multipliant les heures d’absence de la maison, de quoi nous faire détester la politique en général, parce qu’elle ne rend pas heureux.

J’ai voté à gauche, sûre de mes valeurs, inscrites dans mon patrimoine génétique, valeurs indéfectibles, parentales, humaines en somme.

Défectibles, finalement.

Et je me retrouve bien seule à continuer de défendre ces valeurs là, quand un bellâtre plus jeune que moi, de l’âge d’un enfant de mes parents, se retrouve présidentiable, sur sa bonne mine et l’indécision des électeurs.

Je crois bien que la quarantaine épanouie ne fait pas partie de mes années joyeuses. Je découvre que devenir adulte (il était temps me diras-tu ) est douloureux.

Que penser à contre courant est douloureux.

Travailler à contre corps, est douloureux.

Fréquenter des gens qui ne pensent pas comme toi, est douloureux.

Jusqu’ici, les repas familiaux fonctionnaient sur un accord tacite que, même si on est fâchés parce que le sel ne sale pas assez, tant qu’on est d’accord sur le fond, tout va bien.

L’autre jour, mes parents ne disaient rien de l’élection à venir.

Pourquoi n’a t-on pas débattu?

La fratrie s’entendait sur un même candidat ou presque, et ça m’étais tellement agréable, de pouvoir dire sans avoir à convaincre!

A la maison, j’ai douté du vote de l’être aimé jusqu’à la dernière minute, et j’en ai souffert.

Mes émotions, puisqu’il ne s’agit que d’elles et non pas de ma raison, ne souffrent pas que l’être aimé ne pense pas comme moi sur ceet aspect là. Si tu n’es pas de gauche, tu ne peux pas vivre avec moi. Ah ah ah.

Mes parents n’ont pas voté à gauche, sont-ils encore mes parents ?

Bien sûr que oui, et il n’y a aucune rancoeur contre eux ni personne dans mon texte. Juste une interrogation immense.

Ont ils été las de cette gauche qui a échoué dans leurs espoirs? Se sont ils dit que, depuis si longtemps, il aurait bien fallu que le monde change enfin, en vain.

Est ce qu’à leur âge d’expérience, on fini par croire au pragmatisme avant de croire aux rêves?

Cette élection aura marqué par les indécisions, et chacun de s’engouffrer dans le grand filet aux mailles étroites, qui fraie en plein milieu de l’hémicycle. Ou de se coller aux murs des extrêmes, le dos contre, par peur de l’étranger.

Je ne vais ne plus parler politique et enfin me taire sur ce que je veux défendre, comme je me suis tue après Charlie, parce que je sais bien qu’au final, je suis seule avec ma conscience, et si un jour, j’entends mes mots dans la bouche d’un.e autre, je voterai pour lui.elle.

Et j’en ai marre d’aller contre, même chez moi.

Je ne suis pas en deuil mais profondément triste.

Edit de 15:00, je ne sais pas si je dois écrire des choses comme ça. Je ne veux peiner personne.

2 commentaires

  1. Ma chère, vivais-tu dans un monde de Bisounours ou dans une illusion d’osmose avec les tiens ?
    Oui, je suis vache, je t’embêtes pour te faire rager un peu plus.
    En vieillissant on devient de droite, dit le dicton ?
    Non mais écoute, tout est différent, et comme des millions de personnes tu en fais l’aigre découverte. Toi, moi nous, tous.

    J’écoute le tel sonne sur F.Inter, depuis lundi, et c’est absolument passionnant, d’écouter les auditeurs, fabuleux, engagés, avec tous des opinions diverses, sur leur vote et sur le 2eme tour en l’occurrence. Cela me scie. Je m’immobilise et j’écoute sans rien faire d’autre, ahurie, emballée, apprenante, secouée, heureuse puis ahurie encore, selon les témoignages. Et je me sens moins seule ainsi.

    Bises

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    1. Oui. Un monde où je croyais en « l’humain » ma foi à moi. Elle est ratiboisée. Je ne parle pas de la parentèle, ce n’est pas grave, mais de l’entourage global. Mais bon. L’objectivité là dedans n’existe pas, je vais retourner à mes moutons et nettoyer ma poussière.

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