Jour de Murmure 3

Quatre nectarines, deux bananes, une orange. Un demi concombre. Tout est rentré sans problème dans la glacière, ces ersatz de futurs Smoothies (mais t’as pas un mot français pour ça? Non, ça veut dire lissage) que je ne suis pas sûre de faire, Parce qu’à Listrec, le repos, ce n’est pas quelque chose d’acquis. 

C’est un paradis, disent-ils (ils sont des dizaines à le dire). Oui mais à un moment, faut arrêter de se leurrer. 

Ça m’est arrivé de vouloir me balader en petite tenue, voire très petite, mal m’en a pris. Ici, on entre comme dans un moulin, et au fond t’es jamais sûre d’être seule. Alors, tu t’allonges sur une serviette au soleil, mais tu sursautes à la moindre portière de voiture qui claque, au moindre tressaillement du chien, et parfois, tu maudis les voix que tu entends approcher, mais elles vont rentrer dans la maison sans rien demander en plus ! Ou bien tu fais la sieste, et quelqu’un dans ton salon crie, youhou, y’a quelqu’un? Ah, mais je ne voulais pas vous réveiller ! 

Le must, ça arrive tellement souvent, c’est quand tu as réussi à te poser dans le canapé, après avoir mis à mijoter le repas, le linge à laver et l’autre machine à sécher, demandé aux enfants de mettre la table et vider le lave vaisselle, là, t’as le vendeur de lapin poulet qui débarque, je t’avais promis des poulets, j’ai fait comme d’habitude, je les ai coupés en deux, faut dire que c’est le format dinde les poulets de D.  Faut juste que tu additionnes, que t’ailles chercher la monnaie, que tu lui proposes un verre, mais maintenant tu proposes du café, alors c’est moins intéressant, et il aura son coup à boire dans les autres maisons, parce qu’il vient toujours à l’heure de l’apéro. 

Nan, c’est pas le paradis, ou alors tu poses des mines sur la route, ou des barbelés juste après la voisine. 

Quand tu sais que c’est comme ça, tu t’y fait, mais y a des jours où tu voudrais avoir la paix. 

Comme un dimanche avec la marée haute à 16:00, quand il fait 25°C, et que l’eau est tiède. Tu voudrais te mettre à poil et sauter dans l’eau. Plouf. Non, PLOUF parce que t’as pris huit kilos. 

Et ben j’ai pas osé, parce que j’ai eu peur qu’on vienne genre, prendre des nouvelles, ou bien dire comment s’est passée la livraison cette semaine, ou bien t’es sûr que le chaland doit rester mouillé là? Tu vois quoi. 

Au Murmure, tu fermes le portail et y’a même pas de sonnette. Évidemment y’a un mur en pierres à la place de la mer, mais tu vas y mettre le bleu des agapanthes pour compenser. 

Y’a le lait de coco dans la glacière aussi, je vais faire un Lassi. Même si. 

5 commentaires

  1. Ah ces gens qui approchent, mon Dieu, je le sais en ce moment je suis tous les jours a la plage… Allez Plouufff, je replonge, oui bon je le sais, j’ai pris des kilos, pfff … On s’y croirais, en ce mois de Juillet 2017 la patte bucolique, et estivale de Tiffen a encore frappé.. La bise, Carlo

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  2. Je comprends ton agacement, ta lassitude même sans doute parfois. Et en même temps je suis émerveillée, tu vis comme encore de nombreux perosnnes vivent, loin, je pense à l’Indonésie par exemple, la communauté, l’être ensemble est tout. Vivre c’est vivre avec les autres. Oui c’est pesant, et en même temps c’est d’une richesse et d’une densité qui laisse éberluée la citadine oursonne que je suis devenue 🙂

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    1. Alors on est à s’émerveiller l’une de l’autre car ton engagement d’ourse est bien plus profond que le mien. Et à vrai dire, je ne traduis pas tout ce que je pense de cette communauté où certains échanges restent impossibles, bâtis sur des non dits !
      J’aime faire l’ourse.

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  3. C’est vrai que c’est un mode de vie asiatique, par ex, de certains pays. Où la limite espace privé-public n’est pas du tout la nôtre, enfin, la mienne.
    Oui, voilà pourquoi le Murmure sera un bien précieux. Là, tu choisis, comment, qui, quoi.

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