Fermer les yeux

Quand je suis entrée dans la chambre, deux paires d’yeux très bleus m’ont fixée, avec peut-être un soupçon de soulagement à l’intérieur. Tout de suite G. m’a dit, c’est une respiration artificielle, ou quelque chose comme ça. J’ai pris, ça a permis à mon coeur de se remettre à battre avant que mes mots n’étouffent ma peur. 

Comment est ce que quelqu’un d’aussi vivant peut se retrouver là, sa poitrine soulevée bruyamment par un système mystérieux d’aspiration et de clapet, de tuyaux en tout genre, par le nez ou la bouche? 

Les filles sont à veiller depuis le matin, depuis que l’hôpital a dit qu’il est temps de venir. G. m’a appelée, je ne sais plus non plus si elle m’a demandé de venir ou si c’est moi qui ai proposé. Depuis le début je suis là, je veux être là, pour aider ou je ne sais quoi, soutenir, remercier, écouter, dire, entendre, partager, donner, prendre. 

Parce qu’elle donnait beaucoup la dame. Son sourire et son non qui donnait de la valeur au oui. 

Ça fait six jours qu’on s’était dit oui devant le maire, la dame à nos côté, témoin de ce oui là, plein de valeur. 

Allongée sur le lit, branchée les yeux fermés, elle ne peut plus dire oui, ni non. 

Je ne peux pas raconter le dernier souffle. Pourquoi étais-je là, pourquoi moi, me disais-je. Lui caresser la joue et lui souhaiter bon voyage, m’entends tu quand je te parle, quand je t’écoute qui ne dis plus?

C’était hier. C’était hier il y a un an que j’ai vu la vie s’en aller. 

Voilà, c’est dit. 

Ça fait un an que j’ai ces images dans les yeux et je ne savais pas qu’en faire, parce que la dame c’était quelqu’un d’autre. Une qui avait vécu le meilleur mais aussi le pire. Elle avait réussi à se relever. Une force incroyable.

Je ne sais pas pourquoi je te raconte ça. Je voulais marquer le coup d’une année, du temps qui passe, de la vie qui continue. Elle est toujours là. Son café. Son rire. On est toujours là aussi, malgré une année difficile. 

On passe des caps, des montagnes, on traverse des frontières, on suit des chemins sans trop savoir où aller, mais visiblement, un jour, on arrive quelque part. 

Carpe diem, être bien ici et aujourd’hui. 

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