Dans mon dressing de fille qui s’habille un peu avec ce qui lui tombe sous la main, il y a un ou deux accessoires, un peu plus, qui ont l’air de tomber du ciel.
Dans ma salle de bain de fille qui ne se maquille plus jamais, il y a des fonds de teint.
Dans mon apparence de fille sérieuse, et sage et sérieuse et sage, il y a un cœur d’enfant qui chante, qui pleure et qui rit.
Tous les mercredi, sauf en vacances, il y avait l’autre fille, celle qui se cachait au fond d’un costume donné par les convenances, la politesse, l’éducation, la culture et la vie.
Il y avait cette fille là qui avait envie de chanter, de chanter en groupe et même de chanter seule devant le groupe, devant tout le monde, devant les siens en tremblant, devant les meilleurs en se plantant, devant son miroir sans s’y croire vraiment.
Il y avait un pianiste qui, derrière son clavier, portait un sourire au dessus de sa guitare, avec des paillettes dans les yeux.
Il y avait une voix capable de faire à peu près tout et n’importe quoi.
J’avais envie de progresser. J’ai toujours dit que je comprenais vite mais qu’il fallait m’expliquer longtemps. Parce qu’il fallait que, à mon corps défendant, le conseil au delà d’être compris, soit intégré. il fallait ce lâcher prise qui ne me lâche pas.
Le pianiste multitâche, était patient. Ne critiquait jamais. Disait parfois « mmm intéressant, intéressant ». J’avais envie de progresser aussi pour lui, pour le remercier de cette patience.
D’être là.
Il y avait cette fille qui prenait enfin sur son temps, du temps pour elle, pour son plaisir parce que c’est ce qu’il disait « il faut le faire par plaisir ».
Les séances commençaient par « qu’est ce qu’il te ferait plaisir de chanter » ?
Grâce à toi j’ai appris plein de chansons, que je connais presque par cœur. J’ai exploré des territoires que je n’aurais jamais exploré avant. Je me suis découvert une possibilité, qu’à tout âge on peut faire, apprendre, continuer, rester l’enfant qu’on a jamais quitté.
Grâce à toi j’ai « donné le meilleur de moi-même », j’ai connu « le premier bonheur du jour » j’ai traversé « le printemps » et « riverside ». Happy mistake. Je me suis même Faufilée.
Et d’autres planètes encore.
Je t’ai fait connaître Ghost et j’en étais fière ! Enfin je t’apportais quelque chose.
Dans mon dressing de fille qui voulait y croire, il y a les costumes que j’avais prévus pour le show.
Il y a des paillettes qui traînent encore par terre, des paillettes des spectacles des années passées, la veste avec les strass collés dessus. Le pantalon noir qui brille.
Les paillettes se sont envolées. Elles ont accroché ta lumière pour la porter dans les étoiles. Elles sourient sûrement les étoiles, avec cette grande bouche et toutes ces dents qui montraient ta gentillesse.
Le clavier s’est tu.
Nous sommes orphelins de chœur et tu vas manquer à beaucoup, beaucoup de monde.
Merci à toi d’avoir été là.
